Sur le papier, ce n’est “qu’une rentrée”. Dans la réalité… c’est un vrai passage.
Une étape qui remue plus que prévu
L’entrée en maternelle, dans nos vies qui vont à 10 000 à l’heure, on a tendance à la banaliser.
Et pourtant… quand on y est confronté, ça remue souvent un peu plus que prévu.
Entre l’envie de bien faire, les petites inquiétudes qui s’installent, et toutes les questions qui arrivent d’un coup, je me suis rendu compte qu’on est souvent un peu seul dans ce moment-là.
Alors j’ai eu envie de poser ici ce que j’aurais aimé entendre, comprendre, ou simplement garder en tête, pour préparer cette entrée en maternelle.
Sommaire:

Faire des choix (sans trop se perdre)
Depuis plusieurs années, il y a une véritable crise de l’enseignement au sein de l’Éducation nationale.
L’idée n’est pas de faire un état des lieux de la casse du service public, mais très concrètement, cela implique qu’en septembre, nos enfants n’ont pas forcément un professeur, ni quelqu’un de réellement préparé à tenir une classe.
Dit comme ça, forcément… ça fait réfléchir…
École publique ou privée : je me suis vraiment posé la question
J’ai eu le privilège (car oui, s’en est un…) de me poser la question d’une rentrée dans le public ou le privé.
Je suis très attachée au service public (j’y ai moi-même fait toute ma scolarité). Nous avons finalement choisi l’école du quartier, une petite structure à taille humaine.
Et pourtant… je ne vais pas mentir, j’ai hésité.
La réussite à l’école, en France, implique souvent de rentrer dans un certain moule. À titre personnel, j’ai un peu de mal avec cette vision élitiste et compétitive. Ce ne sont pas des valeurs que j’ai particulièrement envie d’inculquer à ma fille — oui, j’assume être une maman un peu bisounours.
D’ailleurs, petite parenthèse qui n’en n’est pas une, l’observation des arbres a montré que dans la nature, c’est la coopération qui prime!
Comme disait Baloo à propos de Mowgli, j’avais peur que le village des hommes « gâche » ma fille…

J’appréhendais aussi cette première rentrée à cause de ma propre expérience de l’école. J’en garde des souvenirs assez douloureux.
« À deux minutes de là, le collège moisit, sue l’ennui et pue l’encre. » — Jules Vallès
J’avais peur de transmettre ces angoisses à ma fille.
Alors j’ai fait tout ce qui était en mon possible pour que cela se passe au mieux.
Au fond, la préparation n’a pas concerné que mon enfant…
Elle a aussi été, un peu beaucoup, pour moi 😬

Ce qui aide vraiment à préparer son enfant
Découvrir l’école avant la rentrée : un vrai tournant 🏫
En juin, la directrice nous a proposé de venir visiter l’école. Nous y sommes allées en fin de journée, pour découvrir les lieux tranquillement.
Ma fille a pu poser ses questions, prendre le temps de regarder… et même tester les lieux à sa manière. Elle a voulu se laver les mains. Je n’y avais pas pensé, mais c’était visiblement essentiel pour elle. Elle a été tout de suite rassurée de voir qu’il y avait de petits sanitaires à sa taille 😊.
Comme quoi, ce qui nous semble anodin ne l’est pas forcément pour eux.
Nous avons aussi profité des élections régionales pour retourner dans l’enceinte de l’école, les bureaux de vote s’y trouvant. Et puis, tout simplement, le fait de passer régulièrement devant lors de nos balades lui a permis de se familiariser avec le chemin.
Pour les enfants déjà en collectivité, une rencontre est parfois organisée entre la crèche et l’école en fin d’année.
La directrice m’a également confirmé quelque chose qui m’a marquée : le fait d’avoir été gardé ou non avant l’entrée en maternelle n’influence pas forcément la façon dont l’enfant va vivre cette transition.
Cela dépend surtout de sa personnalité, et de sa manière de gérer la séparation.
(Cela m’a fait penser à ce que j’avais appris au cours de mes études de psycho autour de la théorie de l’attachement)
J’avais envisagé de mettre ma fille en halte-garderie pour “l’habituer”, mais avec la pandémie, cela n’a pas été possible.
Et au final… les premières semaines ont été un peu sport, mais elle a rapidement pris le pli et allait à l’école avec plaisir le matin.
Bon, en revanche, on ne va pas se mentir : ils vont attraper à peu près toutes les maladies possibles et imaginables (coucou la varicelle 🤒).
La directrice nous avait aussi envoyé une vidéo de présentation de l’école. À sa demande, ma fille l’a regardée plusieurs fois pendant l’été — une manière simple, mais très efficace, de rendre tout ça un peu plus concret.
Les livres qui nous ont vraiment aidées #bookaddict 📖
Nous adorons les bouquins à la maison.
Et clairement, ils nous ont beaucoup aidées à préparer cette entrée en maternelle.
On a commencé plusieurs mois avant… et puis on a continué tout au long de l’année.
Parce qu’en réalité, l’école ne se joue pas seulement les premiers jours.
Le livre a été un vrai support pour en parler, mettre des mots, anticiper certaines situations… sans que ce soit trop frontal.
Avec le recul, je crois que ça a vraiment aidé à rendre les choses plus concrètes et moins impressionnantes.
Ceux que je retiens particulièrement
Si je devais te conseiller nos albums pépite!
- Maman à l’école de Eric Veillé et Pauline Martin aux éditions Actes sud junior (2015). C’est un album très amusant qui dédramatise l’entrée à l’école.
- L’école maternelle de la collection mes p-tits docs, édition Milan (2008). Alors vraiment si je ne devais en conseiller qu’un ce serait celui-ci. Je dois le connaître par cœur ! Pour un petit prix, il permet de passer en revu l’ensemble des moments de la journée à l’école.
- T’choupi rentre à l’école de Thierry Courtin, édition Nathan (1998). Je ne suis pas hyper fan du personnage mais disons que c’est un classique.
- Calinours va à l’école, d’Alain Broutin, L’école des loisirs (1994). C’est album bien connu des enseignants qui est souvent lu à l’école.
- Non non et non ! de Mireille Allancé, L’école des loisirs (2001). Un album tout en humour sur la gestion de l’agressivité.
- Bébés chouettes de Martin Waddell, L’école des loisirs (1992). Un album qui permet d’aborder l’anxiété de la séparation.






Et puis il y en a plein d’autres, bien sûr.
On peut facilement en trouver en bibliothèque — même si, à la rentrée, ils sont souvent pris d’assaut !
En septembre, certains magazines jeunesse, comme Pomme d’Api proposent aussi des numéros spéciaux sur la rentrée. Ça peut être une autre manière d’aborder le sujet, de façon plus ludique.

Les premières semaines (et ce qu’on découvre vraiment)
Ce que la directrice nous a conseillé 👩🏫
Il y a eu une réunion des parents en juin pour présenter l’école.
La directrice nous a donné quelques conseils très concrets :
- prévoir un sac de change avec un doudou pour la sieste,
- inscrire le nom sur les vêtements,
- ne pas revenir sur ses pas une fois parti (erreur fatale 😅)…
Elle nous a aussi demandé d’envoyer une photo pour le porte-manteau. J’ai trouvé ça tout bête sur le moment — et en réalité, ça change tout. L’enfant arrive, voit son visage, sa place. Symboliquement, il est attendu.
Je n’ai pas eu trop de préoccupations autour de la propreté. Ma fille a été propre assez facilement, même si j’avais quand même la crainte des petits accidents.
En réalité, les enfants sont accompagnés très régulièrement aux toilettes. Et aujourd’hui, avec l’école obligatoire dès 3 ans, ce n’est plus une condition stricte pour la rentrée (même si la couche, elle, n’est pas possible).
De mon expérience personnelle et professionnelle de psychologue, ce que je retiens surtout, c’est de ne pas brusquer les choses. Derrière ces enjeux-là, il peut vite y avoir des blocages, du rapport de force… et ça devient vite lourd, autant pour l’enfant que pour le parent.
De mon côté, je m’étais aussi posé la question de la sieste.
Je pensais la faire garder l’après-midi au début par ses grands-parents, mais avec la réforme, ce n’est en principe plus possible sans dérogation.
Le temps de sieste me paraissait long (12h30–14h30), surtout pour une enfant qui ne dormait presque plus.
Finalement, on a fait au plus simple : elle est restée le matin dans un premier temps, puis a repris les après-midis après les vacances.
La veille de la rentrée, nous sommes allées voir la liste de classe.
Et là… petit choc.
Contrairement aux livres où ils sont six autour d’une table, ils étaient 28 élèves.
(Et encore, depuis, j’ai compris que c’était plutôt une fourchette basse 😅)
Et puis il y avait aussi une autre question, plus silencieuse….
Vivant dans une commune plutôt “bourgeoise”, je me demandais s’il y aurait d’autres enfants racisés dans sa classe. Elle avait le seul nom à consonance africaine.
Quand on élève un enfant afro-descendant, on ne peut pas s’empêcher de se poser certaines questions. Est-ce qu’il va être accepté ? Est-ce qu’il va devoir en faire plus pour trouver sa place ?
Spoiler alert : en région parisienne, elle n’était pas la seule enfant noire de sa classe…
Mais cela ne l’a pas empêchée de se questionner, à sa manière, sur sa différence de couleur de peau.
Ce que j’ai compris du quotidien à l’école
Lors de la réunion de rentrée, la maîtresse nous a expliqué les grandes lignes de l’année.
Apprendre en jouant, découvrir la vie en collectivité, enrichir le langage, apprivoiser les premiers gestes (tenir un crayon, tracer, manipuler)…
Dit comme ça, ça paraît simple.
En réalité, c’est déjà énorme.
Ce qui m’a marquée aussi, c’est le rythme.
Une journée de maternelle est très dense.
Les enfants enchaînent les activités, avec une capacité de concentration assez courte — 15 à 20 minutes à cet âge-là.
Et surtout, chaque transition peut être un petit défi.
En début d’année, cela génère souvent… beaucoup d’émotions (et parfois beaucoup de pleurs).
On nous a aussi donné des conseils très simples :
- les coucher suffisamment tôt,
- lire avec eux,
- s’intéresser sincèrement à ce qu’ils vivent à l’école…
Ça paraît évident, et pourtant la maîtresse a insisté dessus.
Sans tomber dans l’excès de vouloir tout refaire à la maison.
Avec le recul, j’ai aussi réalisé à quel point leurs journées sont structurées.
Accueil, regroupement, ateliers, récréation, repas, sieste, nouveaux ateliers…
Le tout rythmé par des petits rituels : chansons, mascotte de la classe, anniversaires…
Autant de repères qui les aident à se sentir en sécurité dans cet environnement nouveau.

Le premier jour : ce moment un peu suspendu


L’école avait organisé une rentrée différée.
Les deux premiers jours se sont faits avec une moitié de classe, avec une arrivée à 9h30 pour éviter la cohue.
Ce matin-là, nous avons pris un peu de marge.
Juste pour ne pas courir.
Ma fille avait choisi une tenue dans laquelle elle se sentait bien. Elle était fière de prendre son petit cartable pour aller « travailler ».
Je lui ai proposé de choisir son repas du midi (sans grande surprise : poulet-frites 😅).
Et puis je lui ai dessiné un petit cœur sur la main, pour qu’elle se rappelle que je l’aime fort. Oui c’est le retour de mama bisounours 😝!
Covid oblige, nous avons eu malgré tout la chance de pouvoir accompagner les enfants jusque dans la classe.
Dans celle où travaille ma mère, ce n’était pas le cas… et les petits entraient comme des petits veaux qu’on mène à l’abattoir 🥲.
Je mesure vraiment la différence que ça peut faire.
J’ai tout de suite eu un très bon feeling avec l’enseignante.
Quelque chose de rassurant, de posé, de bienveillant.
(Et avec le recul, mon intuition ne s’est pas trompée.)
Je suis restée un peu dans la classe avec ma fille.
Je pensais que ce serait difficile… et en fait, je suis repartie assez sereine.

Une chose que j’ai retenue : ne pas mentir à l’enfant sur ce qui va se passer.
S’il reste toute la journée, on ne dit pas qu’on vient le chercher à midi.
J’étais en congé la première semaine, donc j’ai pu aller la chercher plus tôt.
Puis, progressivement, je lui ai expliqué son emploi du temps, qui viendrait la chercher, à quel moment.
Ma fille a besoin de repères, de comprendre, d’anticiper.
Le premier jour, elle n’a pas pleuré.
Les suivants… beaucoup plus.
À la réunion, l’enseignante avait été très claire :
oui, les enfants pleurent.
oui, parfois très fort.
oui, c’est normal.
et non, ça ne dure pas.
En tant que parent, c’est difficile à voir.
Mais ça fait partie de l’apprentissage — pour eux comme pour nous.
D’ailleurs, parfois, c’est plus simple pour l’autre parent.
Quand c’est possible, ça peut valoir le coup de passer le relais.
Ma sœur m’avait prévenue : pour son aîné, la première rentrée avait été la plus difficile.
Avec le recul, je crois que le fait de me sentir en confiance avec l’enseignante a énormément joué.
Ça a posé quelque chose de solide, dès le départ.
Et ça a sans doute contribué à ce que l’année se passe aussi bien pour ma fille.

Mon enfant ne raconte rien de sa journée : que faire ?
Contrairement à la crèche ou à la nounou, l’enseignant·e ne peut pas faire un compte-rendu détaillé de la journée, au mieux un petit mot.
Personnellement, je suis plutôt partisane du « pas de nouvelle, bonne nouvelle ».
Mais je comprends que ça puisse être frustrant.
Alors comment savoir comment ça se passe, vraiment ?
Il faut accepter une part d’inconnu.
Les enfants ne racontent pas forcément 🤐
Ou pas tout de suite.
Ou pas comme on l’attend.
Par exemple, ma fille est souvent plus loquace à certains moments qu’à d’autres. Le soir, après une journée bien remplie… ce n’est même pas la peine.
Ce que j’ai expérimenté, c’est qu’ils racontent autrement.
À travers leurs jeux, leurs dessins, leurs réactions…
C’est souvent là que l’on perçoit ce qui les a marqués, ce qui les travaille, ce qu’ils vivent.
Par exemple, ma fille rejoue systématiquement sa journée avec son école Playmobil.

Observer son enfant devient alors essentiel.
Des changements inhabituels de comportement, un repli, des troubles du sommeil, une peur soudaine d’aller à l’école…
Ce sont parfois ces signaux-là qui doivent nous alerter.
Sans tomber dans la paranoïa ou l’inquiétude permanente, rester attentif et disponible reste indispensable.
Les faits divers nous rappellent que certains signaux ne doivent pas être ignorés.
Il ne s’agit pas d’avoir peur de tout, mais de rester à l’écoute de son enfant.
S’il y a un doute, une incompréhension, quelque chose qui accroche… le mieux reste d’en parler rapidement avec l’équipe, de poser des questions, de demander un rendez-vous.
Leur vie à l’école leur appartient aussi.
Et au fond, c’est peut-être ça qui est difficile pour nous.
C’est l’un des premiers moment où notre enfant quitte vraiment le nid🐣… et commence à exister un peu en dehors de nous.
En France, nous avons une école maternelle exceptionnelle.
C’est une vraie chance pour nos enfants de pouvoir évoluer dans ce cadre, d’apprendre, de grandir en collectivité.
Et en même temps, confier son enfant à d’autres adultes n’est jamais complètement anodin. Cela m’a fait quelque chose d’entendre l’enseignante à la réunion dire « mes enfants » alors que c’est mon bébé !!!
Nous avons eu l’occasion de faire un point dans l’année, et j’ai été très surprise d’apprendre que ma fille était beaucoup plus réservée à l’école qu’à la maison.
Ça m’a fait un petit pincement.
Et en même temps, je me suis reconnue en elle
On ne choisit pas le caractère de son enfant.
Ni ce qu’on lui transmet, ou non.
Et malgré cela, c’est une petite fille qui aime profondément aller à l’école.
À chaque vacances, nous récupérions le cahier de vie.
Et là… j’ai été bluffée.
Par tout ce qu’ils apprennent, vivent, construisent.
(Avec 28 enfants, faut-il le rappeler!)

Ressources et pistes pour accompagner son enfant
Ressources utiles 👩🏽🎓
Au fil de l’année, je suis tombée sur quelques ressources vraiment utiles :
- le compte maitresse lunicole
- le site charivari à l’école, une vraie mine d’or
À piocher selon ses besoins, sans pression.
S’impliquer (ou pas) dans la vie de l’école
En fin d’année, j’ai pu participer à une sortie scolaire et aux Uniday2022.
Ça m’a permis de découvrir ma fille dans un autre contexte, de rencontrer l’équipe, d’autres parents…
C’est une autre façon d’entrer dans son quotidien.
Je ne suis pas investie dans les associations de parents, mais pour celles et ceux qui le souhaitent, cela peut être une belle manière de prendre part à la vie de l’école.

Ce que je retiens aujourd’hui
Ce premier grand passage s’est finalement fait plus en douceur que je ne l’imaginais.
J’y ai mis beaucoup d’attentes, beaucoup d’émotions aussi.
Et au final, elle a trouvé sa place.
J’ai compris que l’entrée à l’école, ce n’est pas seulement une étape pour l’enfant.
C’en est une aussi pour le parent.
Apprendre à faire confiance.
Laisser un peu de place.
Accepter de ne pas tout maîtriser.

Le mot de la fin
À tous les parents qui s’apprêtent à vivre cette étape :
oui, ça remue.
oui, il y aura des moments de doute.
Mais il y aura aussi beaucoup de fierté, de découvertes, et de petites victoires du quotidien.
Alors bonne rentrée aux petits… et aux grands 🦋





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