Jeune orang-outan de Bornéo à la Ménagerie du Jardin des Plantes Paris

Faut-il emmener ses enfants au zoo ? Ce que ma visite à la Ménagerie m’a appris

J’ai attendu les 8 ans de ma fille pour l’emmener au zoo pour la première fois. Ce n’était pas un oubli, c’était un choix. Alors si toi aussi tu te poses la question, tu es au bon endroit.

Flamants roses en groupe à la Ménagerie du Jardin des Plantes Paris

Avant cet âge, j’avais l’intuition que la visite glisserait sur elle sans vraiment la toucher. À 8 ans, elle est capable d’observer, de questionner, de garder un vrai souvenir. Alors j’ai attendu, pas pour cocher une case, mais pour que ça ait du sens.

L’occasion s’est présentée naturellement : ma sœur travaille au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, et nous avons profité du réaménagement de l’enclos des orangs-outans pour passer une après-midi entre filles à la Ménagerie du Jardin des Plantes (l’un des plus anciens zoos en activité du monde, véritable écrin de verdure art nouveau en plein cœur de Paris).

Et c’est là, au milieu de cette beauté : face à cet orang-outan pensif, aux flamants roses, à la splendeur de la volière, qu’une question a surgi, presque malgré moi : est-ce qu’on fait bien d’être là ? 🤔

J’avais longtemps pesé le pour et le contre avant d’accepter l’invitation. Faut-il encore emmener ses enfants au zoo ? C’est la question que je te propose d’explorer ensemble. Spoiler : la réponse n’est pas si simple…

Mon avis sur la ménagerie du jardin des plantes

La Ménagerie du Jardin des Plantes : trois siècles d’histoire animale

La Ménagerie du Jardin des Plantes raconte une certaine histoire de notre rapport aux animaux. Créée en 1793, elle a traversé les siècles. Cette histoire n’est d’ailleurs pas neutre : pendant longtemps, les animaux exotiques étaient ramenés comme des trophées illustrant la puissance des empires.

Son personnage le plus célèbre reste sans doute Zarafa, la girafe offerte au roi Charles X, qui provoqua une véritable folie dans tout le pays. C’est d’ailleurs elle qui serait à l’origine de l’expression « peigner la girafe »🦒.

Plus étonnant encore : lors du siège de Paris en 1870, certains animaux de la Ménagerie finirent dans l’assiette de Parisiens affamés 🍽️. Oui, tu as bien lu !

Ces anecdotes prêtent à sourire aujourd’hui, mais elles racontent surtout l’évolution de notre rapport aux animaux. D’objet de curiosité, de symbole de prestige ou même de ressource alimentaire, ils sont progressivement devenus des êtres vivants dont la protection est désormais au cœur du discours des zoos modernes.

Au fil du temps, les animaux les plus imposants ont progressivement rejoint le zoo de Vincennes, dont les installations étaient mieux adaptées. Aujourd’hui, la Ménagerie accueille essentiellement des espèces de petite et moyenne taille.

Que voir à la Ménagerie du Jardin des Plantes ?

Si tu rêves d’éléphants, de rhinocéros ou de girafes, tu risques donc d’être déçus. En revanche, si tu aimes prendre le temps d’observer des espèces plus discrètes,le lieu possède un charme particulier.

Face aux orangs-outans : quand le regard d’un singe questionne le nôtre

Orang-outan de Bornéo regardant les visiteurs à la Ménagerie du Jardin des Plantes

Mon véritable coup de cœur ❤️ a été sans conteste les orangs-outans. Pourtant, il ne se passait rien de spectaculaire….

L’un d’eux était simplement assis sur un tonneau. Il avait posé une touffe de paille sur sa tête comme un chapeau improvisé 👒 et observait tranquillement les visiteurs défiler devant lui. Pas d’acrobatie, ni de démonstration. Juste un grand singe immobile qui regardait des humains venus l’admirer.

J’ai passé plusieurs minutes à l’observer. Son regard m’a profondément troublée. Il y avait quelque chose de puissant dans sa présence, mais aussi une forme de mélancolie que j’ai peut-être projetée sur lui. Après tout, nous avons cette fâcheuse tendance à attribuer nos émotions aux animaux. Pourtant, difficile de ne pas ressentir un étrange vertige lorsque l’on croise le regard d’un grand singe.

Pendant quelques secondes, la frontière que nous traçons habituellement entre « eux » et « nous » semblait beaucoup moins évidente. J’avais face à moi un être vivant qui me ressemblait infiniment. Un cousin lointain avec lequel nous partageons une histoire commune vieille de plusieurs millions d’années…

Je me suis alors demandé qui observait réellement qui. Nous étions des dizaines derrière la vitre à commenter ses gestes, tandis que lui semblait nous examiner avec un calme désarmant.

Moi qui suis souvent en train d’anticiper, de réfléchir, de prévoir la suite, j’ai ressenti une forme d’envie devant cette apparente tranquillité. C’est exactement ce que je me dis parfois en regardant mon chat dormir au soleil : il mange lorsqu’il a faim, se repose lorsqu’il est fatigué et ne semble pas particulièrement préoccupé par le lendemain.

Bien sûr, je sais que cette vision est naïve. Les animaux ont leurs propres contraintes et leurs propres formes de stress. Mais cette rencontre m’a tout de même laissée avec une question :

et si notre intelligence, celle dont nous sommes si fiers, était aussi à l’origine d’une partie de nos tourments ?

Les arguments pour emmener ses enfants au zoo

Une rencontre sensorielle que les écrans ne remplacent pas

Ce qu’on ne peut pas enlever à ces lieux, pour les petits comme pour les grands citadins, c’est qu’ils permettent une véritable rencontre avec des animaux sauvages. On a beau avoir des livres, des documentaires ou des vidéos sur le sujet, rien ne vaut une expérience sensorielle. En ville, on n’a pas l’habitude ne serait-ce que des odeurs de la faune 👃.

Un éveil à la biodiversité et aux espèces menacées

Au-delà de la découverte, les zoos permettent aussi d’intéresser le grand public aux questions de conservation, de préservation, de sauvetage de la faune et de recherche. C’est triste qu’on en soit arrivé à ce point-là (bonjour l’extinction des espèces 👋), mais quelle serait aujourd’hui une meilleure alternative réellement accessible dans nos sociétés ?

D’ailleurs, à la Ménagerie, 40 % des 150 espèces présentes sont menacées. Alors ce n’est pas un argument pour se donner bonne conscience, mais le lieu présente au moins cet intérêt-là.

Cela permet aussi de s’éduquer sur la question des espèces menacées, qui devient beaucoup plus concrète lorsque l’on a l’animal en face de soi. Cette expérience peut transmettre une forme de sensibilité au vivant aux enfants. Ils observent, se questionnent et, sous couvert de remarques parfois un peu candides, font souvent preuve d’une grande justesse.

L’accessibilité : voir un animal sauvage sans partir au bout du monde

Le zoo reste également l’un des rares endroits où un enfant de milieu modeste peut voir un animal sauvage en vrai. On n’a pas forcément les moyens ni l’opportunité d’aller faire un safari au cours de notre existence!

Je ne conçois pas du tout la vie comme un dû ou encore une succession d’expériences à cocher coûte que coûte ✅, mais quoi qu’il en soit, cela représente une forme d’ouverture sur le monde.

La lenteur et la contemplation, une expérience rare pour nos enfants

Ce qui me plaît particulièrement, moi qui suis une adepte de la slow life, c’est cet espace de lenteur et de contemplation.

Dans un monde où nous sommes habitué.es aux contenus instantanés, le zoo impose parfois d’attendre. Attendre qu’un animal sorte. Attendre qu’il bouge. Accepter qu’il ne fasse rien de spectaculaire. Cette frustration me semble presque aussi intéressante que l’observation elle-même.

Les animaux ne sont pas toujours visibles ou disposés à se montrer. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec les orangs-outans. Ils ne sont pas allés faire de singeries dans leurs nouveaux enclos pour satisfaire les visiteurs. Certains étaient cachés, d’autres totalement indifférents à notre présence.

Cette expérience permet aux enfants comme aux adultes d’expérimenter une forme de frustration dans un monde où tout doit arriver tout de suite. On ne met pas une pièce dans la machine pour obtenir un spectacle.

Et si Nénette, la doyenne des orangs-outans, décide de se retourner pour dormir le temps qu’elle le souhaite, eh bien tu auras payé pour contempler son cul 🍑 ! Oui, j’aime les pieds de nez, même lorsqu’ils viennent des animaux.

Le rôle des zoos modernes dans la conservation des espèces

Enfin, il est à noter que les zoos modernes jouent un rôle dans la conservation et la reproduction de certaines espèces protégées.

C’est d’ailleurs ce qui les différencie d’une réserve naturelle, qui est avant tout un espace de conservation de la faune et de la flore où les animaux évoluent dans leur habitat naturel. Et pas besoin d’aller au bout du monde pour cela : en France, nous avons par exemple la réserve nationale de Camargue.

Ceci étant dit, ces arguments ne suffisent pas à faire disparaître le malaise que certaines personnes (dont je fais partie) peuvent ressentir face à la captivité animale. Car il existe également un certain nombre d’arguments en défaveur des zoos et non des moindres!

Les arguments contre le zoo : ce qui grince

La captivité et la zoochose : quand l’enclos devient une prison

Aussi jolie et charmante soit la Ménagerie du Jardin des Plantes, les conditions d’hébergement de certaines espèces restent plus que limites. L’établissement a d’ailleurs été épinglé à plusieurs reprises sur le sujet. L’ancien enclos des singes, avant son agrandissement, était tout bonnement scandaleux !

Cette question me travaille depuis longtemps. Pendant ma grossesse, nous avions emmené mes neveux et nièces au zoo de La Flèche où l’ours polaire présentait des troubles du comportement très importants. Il tournait littéralement en rond dans son petit espace 😥.

Ce trouble comportemental causé par la captivité (balancements répétitifs, rotations en rond, automutilation) porte un nom : la zoochose.

Après cette mauvaise expérience, je m’étais juré que je n’emmènerais jamais mon futur enfant dans un tel endroit.

Je serais plutôt en faveur de zoos accueillant des animaux autochtones (c’est-à-dire adaptés au climat) avec des enclos réellement adaptés à leur taille et à leurs besoins.

Mais même en écrivant cela, je mesure toute la complexité du sujet. Quand bien même les zoos fermeraient demain, que ferait-on de ces animaux nés et élevés en captivité depuis toujours ? Pour la plupart, ils ne pourraient pas être réintroduits dans leur milieu naturel.

Et rebelote à la Ménagerie avec les panthères. Mon chat a plus de place dans notre appart’ que les panthères dans leur enclos… Et non, ce n’est pas normal!

La captivité comme condition de vie imposée génère chez moi un profond malaise.

La question de la cohérence éducative

Au-delà des conditions de vie, se pose aussi une question plus inconfortable : celle de la cohérence éducative.

On a beau être des êtres de contradiction, comment apprendre à respecter l’animal… en le regardant enfermé ?

D’ailleurs, c’était assez surprenant de voir certains visiteurs face aux singes. Les humains s’agitaient, criaient, faisaient des grimaces et tentaient désespérément d’obtenir une réaction, tandis que les singes les observaient avec un calme olympien 🙈.

À cet instant, je me suis demandé qui se comportait vraiment comme un singe. J’aurais presque cru percevoir une forme de mépris dans leur regard. Mais pour être honnête, c’était sans doute surtout le mien 😆.

Blague à part, plonger son regard dans celui d’un singe est une expérience vraiment déroutante, voire émouvante. Ma nièce s’est même sentie en communion avec l’un d’entre eux.

Enfant posant sa main contre la vitre face à un orang-outan à la Ménagerie du Jardin des Plantes

Culturellement, nous avons créé une telle distance entre les humains et les animaux que nous en oublierions presque que nous sommes des animaux nous aussi.

Même si la législation a évolué et qu’ils ne sont plus considérés comme de simples « meubles », il reste encore beaucoup de chemin à parcourir dans le regard et la considération que nous leur portons.

Il y aurait d’ailleurs énormément à dire sur leurs conditions de vie, d’élevage et d’abattage. Mais c’est encore un autre sujet…

Une histoire liée au colonialisme et au spectacle de l’autre

Cette réflexion ne concerne pas seulement le présent.

Historiquement, les ménageries sont liées au colonialisme et, dans une certaine mesure, aux « freak shows ». Les animaux ET certains humains étaient ramenés comme des curiosités, des trophées ou des démonstrations de puissance.

Lorsque le vivant devient une attraction, une autre question se pose alors : celle de sa marchandisation.

Affiche de cirque américain vintage illustrant le lien historique entre spectacle, captivité animale et divertissement

Le zoo, symptôme d’une économie qui marchandise le vivant

Dans nos sociétés capitalistes où tout ou presque se vend et se marchande, le zoo et les animaux en général représentent une véritable économie.

Et une fois de plus, c’est une grande partie du problème. Les animaux ne devraient pas servir à nous divertir, que ce soit dans les cirques, les parcs à thème, la chasse ou la corrida.

Je vais sans doute me faire un paquet d’ennemis en écrivant ces lignes, mais je ressens une grande colère face à tout cela.

Ces questions ne sont pas anodines. Le tourisme animalier, dans toutes ses formes, mérite qu’on s’y arrête, comme le documente National Geographic. Et certains combats, comme le transfert des orques et dauphins de Marineland, illustrent à quel point la route est encore longue.

Pourtant, même avec toute cette colère, je me méfie des positions trop tranchées. Parce que la réalité, comme souvent, est plus nuancée que ce qu’on aimerait.

Ni pour ni contre : comment visiter un zoo de manière éclairée

Tous les zoos ne se valent pas

De mon point de vue, et dans mon monde idéal des Polly Pocket, se rendre dans un zoo n’est pas une visite à faire à la légère.

Tout n’est pas blanc ou noir : la politique de l’établissement change beaucoup de choses.

Par exemple, le zoo de Vincennes n’a pas fait l’unanimité auprès du public lors de sa réouverture. Les enclos ont justement été pensés pour apporter le plus de confort possible aux animaux. Ceux-ci se cachent davantage, ce qui, je le conçois, peut être frustrant lorsque l’on a payé un billet relativement onéreux.

Au fond, cela résume assez bien le dilemme : veut-on privilégier le confort des visiteurs ou celui des animaux ?

J’ai fait une exception cette fois-ci, mais je sais qu’a priori je n’irai pas dans d’autres zoos. Il faudrait me payer pour aller au zoo de Beauval, qui est devenu à mes yeux une sorte de Disneyland animalier.

J’ai conscience que mon opinion sur le sujet est minoritaire, voire impopulaire. Mais comme je le répète à qui veut l’entendre, Dieu est mon seul juge.

Et puis je serais bien mal placée pour faire la morale à qui que ce soit. La preuve : je suis allée à la Ménagerie du Jardin des Plantes et j’en donne mon avis en toute honnêteté.

Faire du zoo un point de départ, pas une fin en soi

Un peu naïvement, je me dis que ce que l’on fait de la visite compte autant que la visite elle-même : les questions que l’on pose à l’enfant, les discussions que l’on ouvre, les réflexions que l’on nourrit ensemble.

Critiquer certains aspects ne nous a pas empêchées d’être émerveillées par la beauté du lieu ou émues par les animaux. Je repense notamment à ce flamant rose caressant délicatement la tête de l’un de ses congénères. De simples instants de grâce qui ont rendu cette visite mémorable.

Ce n’était pas une fin en soi, mais plutôt un point de départ. Une occasion de s’interroger sur notre rapport au vivant, sur les valeurs qui nous animent et sur celles que nous souhaitons transmettre à nos enfants.

Alors, est-ce que je retournerai dans un zoo avec ma fille ?

Honnêtement, je ne pense pas.

Pourtant, j’ai longtemps eu une immense passion pour les aquariums🪼. Mais j’ai évolué. On ne regarde plus les choses tout à fait de la même manière lorsqu’on perd une partie de son innocence.

Ce n’est ni la seule façon de faire, ni forcément la meilleure. C’est simplement la mienne, celle qui me semble aujourd’hui la plus alignée avec mes valeurs.

Est-ce que je regrette cette visite ? Absolument pas !

La candeur, la curiosité et l’émerveillement de ma fille valaient vraiment la chandelle (oui, j’utilise encore cette expression !).

C’était un très beau moment en famille. Et parfois, c’est bien aussi d’arrêter de se flageller pour tout, de mettre de côté les injonctions contradictoires et de profiter simplement de l’instant présent, avec tout le respect que l’on doit à ces animaux.

Mère et fille souriantes devant les flamants roses de la Ménagerie du Jardin des Plantes

Au fond, cette visite ne m’a pas apporté de réponse définitive. Elle m’a surtout rappelé que certaines questions méritent d’être habitées plutôt que tranchées.

Et toi, qu’en penses-tu ? Comment composes-tu avec toutes les contradictions dans lesquelles nous baignons ?

J’imagine que si tu as lu jusqu’ici, c’est que tu es sensible à la cause animale. Alors j’espère simplement que ces quelques lignes auront pu nourrir ta réflexion, comme cette visite a nourri la mienne.

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article et de contribuer à faire vivre cet espace de partage et de découvertes.

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