Jessie passe la tête par la porte de la chambre, entourée des jouets de Bonnie dans Toy Story 5.

Toy Story 5 : quand la nostalgie devient transmission

S’il y a bien un film que nous voulions absolument voir avec ma fille, c’est Toy Story 5 (ou plutôt Histoire des jouets, comme disent nos amis canadiens 😉).

Pixar excelle toujours dans cette double lecture : captiver les enfants et interpeller les adultes. Ils ont presque inventé une émotion à part entière, cette douce nostalgie qui nous remue sur le temps qui passe.

Ce nouvel opus ne déroge pas à la règle. Il serait facile de réduire Toy Story 5 à un exercice de nostalgie. Pourtant, je crois qu’il raconte bien davantage qu’une histoire de jouets.

Alors j’ai eu envie de m’arrêter sur ce que ce dessin animé pour enfants vient chercher chez nous, les adultes et sur ce qu’il nous donne à transmettre, une fois les lumières rallumées…

Observer : un dessin animé qui parle aussi aux adultes

Dans ce cinquième volet, Bonnie a bien grandi : elle a maintenant huit ans, et ses jouets vont devoir affronter une nouvelle rivale : Lilypad 🐸, une tablette qu’elle reçoit en cadeau pour l’aider à se faire des ami·es malgré sa timidité.

A la fin du dernier opus, Woody et sa calvasse ont quitté la chambre pour suivre Bo Peep la bergère badass, laissant Jessie prendre la tête du groupe. Face à cette nouvelle venue connectée qui capte toute l’attention de Bonnie, Jessie va devoir défendre sa place dans le coeur de la fillette!

Bonnie et sa tablette : le basculement qu’on reconnaît chez soi

Toy Story 5 reprend l’intrigue du premier opus version 2.0. Il paraît loin le temps des débats enflammés sur le club Dorothée et les jouets électroniques. Je dois reconnaître que j’ai eu un peu peur au début du film que celui-ci parte en mode boomeur « c’était mieux avant » critiquant des enfants zombifiés 🧟‍♀️devant leurs écrans et toutes les caricatures qui vont avec.

Ce serait naïf de dire qu’il n’y aucun problème de santé publique sur ces questions-là. Tous les parents sont confrontés à ces problématiques. Comme la plupart des sujets et celui-ci en particulier, je trouve qu’il y a un manque de nuance dans les débats.

Quand ma fille est née, c’était la mode du 3-6-9-12+, des mesures de bon sens mais qui ne doivent pas devenir dogmatique pour autant.

On a le jugement facile et on gagnerait à balayer devant sa porte de temps en temps. Si mon métier de psychologue m’a bien appris quelque chose, c’est l’humilité : tant qu’on est pas dans les baskets de quelqu’un, garde ton jugemen! C’est facile de taper sur les parents mais quid des entreprises qui commercialisent des portes-tablettes pour bébé !?


Pour en revenir au film, c’est effectivement triste de voir que Bonnie est la seule petite fille du quartier à s’amuser encore avec des « vrais » jouets. Elle se rend compte du décalage. Ses parents lui offrent alors une tablette à contre-coeur pour l’aider à se sociabiliser avec les enfants de son âge.

Bonnie brandit ses jouets Jessie et Buster devant des enfants absorbés par leurs tablettes.
© 2026 Disney/Pixar

Cela fait forcement écho au parent qui s’interroge sur ses choix éducatifs. Est-ce lui rendre servir de le laisser sous cloche ou alors de le laisser se conformer comme un mouton 🐑 (je déteste cette expression, laissons les moutons tranquilles!). Bien sûr, il existe un entre-deux mais qui n’est pas toujours facile à trouver.

J’aborde régulièrement ces questions dans mes articles de journaling, notamment celui-ci « Et si tenir un journal intime changeait ta façon de vivre le mois ? »

De l’autre côté de cet écran qui capte l’attention de Bonnie, quelqu’un vit ce basculement de plein fouet : Jessie !

Jessie en premier plan : quand le personnage secondaire devient le cœur du film

Apparue lors du 2ème opus (un banger!), le film donne la part belle à Jessie! En contre point, j’ai trouvé les deux anciens héros un peu inutiles (désolé Buzz et Woody 🫣!).

⚠️Spoiler : je me serai bien passé du fan service amourette entre Jessie et Buzz. J’aurais trouvé plus audacieux que Pixar laisse Jessie exister à part entière. Après tout, son évolution personnelle se suffit à elle-même. Comme si, dans nos récits, il fallait encore qu’une femme soit en couple pour que son histoire paraisse complète…


Revenons à nos moutons 🐑 (encore eux!), j’ai aimé la belle évolution de Jessie. Elle a mûri (c’est bizarre de dire cela pour un jouet 😅!). Une sagesse qui l’habite sans renier son impulsivité.

On le voit bien avec Buzz : après des films entiers de non-dits et de regards en coin, c’est elle qui prend les devants. Une façon de prendre les rênes de sa propre histoire plutôt que de la subir.

Jessie, debout et souriante, sur la tête d'un cheval, incarnant son nouveau rôle de leader dans Toy Story 5.
© 2026 Disney/Pixar

Cette même maturité, elle la déploie face à Lilypad. D’abord en guerre ouverte contre cette rivale connectée, Jessie finit par tendre la main plutôt que de continuer le combat : pour Bonnie, pas pour elle. Ce basculement, discret mais décisif, c’est peut-être le vrai cœur du personnage : savoir quand lâcher prise par altruisme.

Ce basculement chez Jessie dit quelque chose de plus large :

Ce n’est pas tant contre les écrans par principe qu’il faut se battre, mais pour leur usage et ce que le temps lent permet de construire, quand on lui laisse sa chance.

Cultiver : ce que le temps lent construit encore

La fonction du jouet face à l’écran : imaginaire contre consommation passive

Lilypad propose déjà tout, en continu, sans laisser à Bonnie le moindre creux à combler. Un écran qui a déjà tout prévu à sa place. Ce vide-là, cet ennui qu’un jouet « classique » impose parfois avant que l’imaginaire ne prenne le relais, c’est peut-être exactement ce que la tablette vient supprimer.

Le jouet et l’écran n’ont pas la même fonction : l’un laisse de la place, l’autre vient l’occuper.

C’est peut-être là que réside toute la richesse du jeu libre, celui où l’enfant invente ses propres règles plutôt que de suivre celles déjà prévues.


Dans mon enfance des années 90 👵, mes grands-parents dans leur ferme de campagne n’avaient pas la télévision. C’était un véritable cauchemar pour certains de mes cousins, cousines (no shade mais surtout ceux issus des milieux privilégiés).

Je reconnais que je me suis souvent ennuyée, pourtant ces vacances m’ont certainement permis de développer une curiosité, une imagination et un rapport au monde à nul autre pareil.

L’ennui n’est pas toujours un problème à résoudre ; il est souvent le point de départ de l’imagination.

→ Le jouet ne date pas d’hier. On en retrouve dès la Préhistoire, sculptés dans la pierre, le bois ou l’argile, parfois déposés dans des tombes d’enfants, preuve que leur valeur dépassait déjà le simple divertissement. Dans la Grèce antique, les jeunes filles offraient leurs poupées à un temple avant leur mariage, comme un rite de passage vers l’âge adulte. Une façon de rappeler que grandir n’a jamais été un interrupteur qu’on bascule d’un coup, mais un chemin que l’on traverse.

Longtemps fabriqués à la main, les jouets ne se sont véritablement démocratisés qu’à partir du XIXᵉ siècle. Aujourd’hui, le marché mondial représente près de 171 milliards de dollars, mais leur fonction reste étonnamment la même : offrir aux enfants un espace pour apprivoiser le monde, à leur rythme.

Jouet ancien en forme de cheval à roulettes, illustrant l'histoire du jouet à travers les époques.

Pour aller plus loin : National Geographic a consacré un article intéressant sur l’histoire des jouets à l’occasion de la sortie de Toy Story 5.

L’exemple qu’on donne sans s’en rendre compte

Avant même que Bonnie choisisse quoi que ce soit, quelqu’un a choisi pour elle. Le marketing genré des jouets (rayons roses d’un côté, bleus de l’autre, dînettes contre voitures télécommandées) n’est pas un détail commercial anodin.

C’est une première grille de lecture du monde qu’on installe, souvent sans même y penser, bien avant que l’enfant ait eu la moindre chance de développer ses propres goûts.

Un jouet n’est jamais neutre : il porte en lui l’idée de qui on est censé devenir, ou de ce qu’on est censé aimer.

Les choix qu’on fait pour nos enfants, même les plus anodins en apparence, participent à construire leur imaginaire.


Il y a aussi ce qu’on n’aborde pas souvent : le jouet est un marqueur social. Le jouet en bois, sobre et « intemporel », coûte cher et signale un capital culturel : celui de pouvoir se permettre l’éthique plutôt que le prix.

Le plastique coloré, accessible, traîne un jugement silencieux, presque snob, alors même que les conditions de fabrication, elles, mériteraient qu’on s’y attarde bien davantage que la couleur ou la matière !

Même logique côté usages : le jouet de construction coche toutes les cases du bon goût parental, quand le jouet purement occupationnel est regardé de haut, comme une démission.

Contraste entre jouets en plastique colorés et jouets en bois, illustrant les marqueurs sociaux liés au choix des jouets.

Pour en revenir aux écrans, sans vouloir déresponsabiliser les parents, collectivement, nous sommes assez seuls face à ces interrogations. Sur les réseaux sociaux, le débat se résume souvent à un affrontement entre le camp du bien et celui du mal.

Dans la « vraie vie », mis à part quelques initiatives locales, on nous laisse surtout nous débrouiller. Une fois qu’on s’en est pris plein la gueule d’un côté comme de l’autre, concrètement, qu’est-ce qu’on fait ? On fait sa petite tambouille dans son coin.

Ce que nous montre le film et auquel je crois profondément, c’est qu’il y a un devoir d’exemplarité en tant qu’adulte. Cela vaut pour les écrans comme pour le reste d’ailleurs.

Petite anecdote : durant le film, il y avait un groupe d’enfants du centre de loisirs devant nous. L’une des animatrices a passé les trois quarts du film sur son téléphone. Comme quoi, les écrans ne sont pas qu’une affaire d’enfants. À bon entendeur…

Ce qui compte ne se mesure pas au temps qu’on y passe

Il y a une scène que j’ai trouvée splendide dans le film, celle de la «réparation » de Jessie. Depuis Toy Story 2, on savait qu’elle traînait un traumatisme: celle d’avoir été abandonnée par sa première enfant Emily.

On découvre ici qu’Emily devenue maman, a donné le prénom de sa poupée d’enfance à sa propre fille. Jessie réalise alors qu’elle a compté, dans un moment aussi thérapeutique qu’une séance de psy, mais à moindre coût 😅.

J’ai été émue par ce moment qui met en exergue que nous sommes tous de passage.

Jessie passe la tête par la porte de la chambre, entourée des jouets de Bonnie dans Toy Story 5.
© 2026 Disney/Pixar

Jessie comprend enfin qu’elle a compté. Pas pour toujours, mais au moment où Emily avait besoin d’elle.

Certaines personnes ne traversent qu’un chapitre de notre vie, mais elles y laissent une empreinte bien plus profonde que d’autres. L’intensité d’une relation n’est pas toujours proportionnelle au temps passé ensemble.

Ce que raconte aussi cette scène, c’est qu’il n’est jamais trop tard pour aimer à nouveau, s’investir dans de nouvelles relations ou trouver une nouvelle place dans la vie de quelqu’un ❤️.

Les liens qui nous ont construits ne disparaissent pas pour autant : ils coexistent avec ceux qui restent encore à créer.

Finalement, les jouets, comme les parents, ont peut-être cette même mission : accompagner un passage, transmettre, puis accepter de laisser la place.

Et si ce qui comptait vraiment n’était pas de rester, mais de laisser une trace dans ce qu’on transmet à son tour ? Encore faut-il, pour cela, ne pas brûler les étapes.

Transmettre : le film qu’on a vu enfant, celui qu’on montre aujourd’hui

Laisser le temps à l’enfance : ne pas grandir trop vite

En tant que maman, il y a des passages du film qui ont particulièrement résonné chez moi. Notamment cette scène où Jessie, découvrant la chambre de Blaze (une enfant déjà hyperconnectée, presque une chambre d’ado) espère à voix haute que cette petite fille ne grandisse pas trop vite.

Jessie, inquiète, exprime une émotion forte aux côtés de Buster dans Toy Story 5.
© 2026 Disney/Pixar

J’ai d’ailleurs lu quelque chose à ce sujet : la frontière entre l’enfance et la pré-adolescence serait de plus en plus courte et ténue.

L’enfance est très courte à l’échelle d’une vie (en principe !), c’est un territoire fragile, un temps précieux et constructeur. La course à l’autonomie et à la responsabilisation ne doit pas nous faire oublier qu’il y a un temps pour tout. La scène où les « amies » de Bonnie se moquent d’elle à cause de ses jouets m’a fait un pincement au cœur…💔


Cette accélération, on la retrouve partout, jusque dans les rayons. Je suis horrifiée par le phénomène des Sephora Kids, ces produits de beauté conçus et pensés pour un très jeune public.

Il y avait un segment commercial vacant, et comme la nature et le capitalisme ont horreur du vide, il n’en fallait pas plus pour lancer un marché au détriment de la santé des enfants.

Une fois de plus, en tant que parents, nous sommes tiraillés entre le matraquage marketing, la volonté de protéger et celle de laisser nos enfants s’émanciper.

Alors oui, je résiste d’une certaine façon (je ne me prends pas pour Jean Moulin non plus) en continuant à acheter de jolies tenues d’enfant à ma fille. Je ne la prive pas pour autant de petits moments maquillage ou manucure, mais ils restent exceptionnels.


Toy Story 5 effleure aussi, avec pudeur, la question du harcèlement en ligne. Le film reste un film pour enfants, mais il ouvre une vraie porte : celle du dialogue. Aborder ces sujets tôt, avec des mots adaptés, ne devrait jamais attendre et il donne une occasion ludique de le faire.

Alors, comme ce temps nous est compté, autant le remplir de ce qu’on a envie de transmettre, comme cette après-midi où, pour la première fois, ma fille et moi sommes allées voir Toy Story ensemble, au cinéma.

Trente ans après : revoir Toy Story avec ses propres enfants

Un peu comme la franchise Shrek, beaucoup d’entre nous ont découvert Toy Story durant l’enfance. Cette nostalgie n’est d’ailleurs pas qu’un simple souvenir attendri. Elle devient un point de rencontre entre deux générations.

Trente ans plus tard 😵, c’est à notre tour de le partager avec nos propres enfants. Ma fille a sensiblement le même âge que j’avais lors de la sortie du premier film. Pourtant, c’est avec ce cinquième opus que nous sommes allées, pour la première fois toutes les deux voir cette franchise au cinéma.

J’ai découvert les deux premiers en cassette (oui, la VHS !). J’avais eu peur de Sid qui torturait les jouets (j’étais une petite fille sensible et cette scène m’avait marquée). Plus tard, j’ai découvert Toy Story 3 avec ma fille en dvd cette fois et nous l’avions beaucoup aimé. Le quatrième est peut-être moins mémorable… mais il y a une Polly Pocket, alors il bénéficie d’un totem d’immunité en ce qui me concerne !

funko pop polly toy story + bergère

Comme lors de notre première visite à Disneyland Paris, il y a cette même transmission d’un référentiel commun : ces histoires et ces personnages qui nous ont construits, et qu’on retrouve, presque intacts, dans le regard de son enfant.

Conclusion : Ce qui reste, une fois les lumières rallumées

Les lumières se sont rallumées et je me suis dit que ce n’était pas juste un dessin animé qu’on venait de voir ensemble : c’était un peu de mon enfance qui rencontrait la sienne, un espace-temps propre à nous le temps d’une séance. Et c’est peut-être cela, la plus belle réussite de Toy Story 5 : transformer la nostalgie en transmission.

Jessie et les jouets de Bonnie dans Toy Story 5.
© 2026 Disney/Pixar

Toy Story 5 nous rappelle que ce qui compte ne tient pas qu’à sa durée, mais aussi à ce qu’on choisit d’en faire, et de transmettre. Alors non, décidément, ce n’est pas qu’une histoire de jouets. Et toi, quel est le film qui t’a construit, celui que tu as hâte de partager à ton tour ?

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article et de contribuer à faire vivre cet espace de partage et de découvertes.

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