Boule de cristal et bol chantant tibétain sur table

Chakras, tarots, sorcellerie : comprendre les dérives du new-age (mon témoignage)

Tu as peut-être lu mon article sur les dérives du développement personnel ? Si oui, merci et cœur sur toi 🫶. Sinon, tu peux le découvrir ici.

Aujourd’hui, je poursuis cette exploration du côté de la spiritualité. Parce que le New Age, ce n’est pas seulement une lubie californienne des années 70 réservée à quelques illuminés en robe blanche…

C’est aussi un marché, qui sait particulièrement bien où frapper : nos moments de fragilité.

Et c’est justement ce qui m’intéresse ici : comprendre les mécanismes qui peuvent nous rendre vulnérables, parce que personne n’est complètement à l’abri.

Le mien, ce fut la maternité…

Le New Age, c’est quoi exactement ?

De quoi parle-t-on ? Le New Age est une nébuleuse de croyances et de pratiques spirituelles dans laquelle chacun peut piocher ce qui lui parle : astrologie, tarot, chakras, lithothérapie, reiki, channeling, chamanisme revisité, loi de l’attraction… avec, souvent, une même promesse : mieux se comprendre, s’éveiller et devenir une « meilleure version » de soi.

Le terme recouvre des réalités très différentes et certaines pratiques ont des histoires et des fondements bien distincts. Je ne vais donc pas dresser ici un catalogue exhaustif. Si le sujet t’intéresse, je te recommande plutôt le podcast Méta de Choc.

Comment je suis tombée dans le New Age

Une fascination ancienne pour l’occultisme

J’ai toujours eu une appétence pour l’occultisme. Petite, j’étais un peu l’alter ego de Mercredi Adams : je me sentais en dehors du moule, je jouais à la boule de cristal 🔮avec mes cousins, je raffolais des histoires de fantômes 👻 et j’étais fascinée par le tarot de Marseille 🃏de ma sœur.

À l’adolescence, mon entourage amical m’a éloignée de tout ça. Jeune adulte, j’ai gardé ce goût pour le paranormal, notamment avec la série Paranormal witnesses jusqu’à réaliser que cela commençaient à m’impacter trop fortement. J’ai alors pris mes distances.

La maternité, un moment de vulnérabilité

Je n’ai pas eu de révélation mystique un soir de pleine lune 🌝. Je suis tombée dans le New Age doucement, presque sans m’en rendre compte, au moment où je suis devenue mère 🤰🏻.

Une grossesse imprévue, un couple encore fragile, un immense remaniement identitaire et de nouveaux repères à construire : j’étais heureuse de devenir maman, mais aussi particulièrement isolée. J’étais en transition. Et quand nos anciens repères ne fonctionnent plus, nous cherchons naturellement de nouvelles façons de comprendre ce qui nous arrive.

Quand les algorithmes font entrer le New Age dans nos vies

Je me suis tournée vers les forums et les réseaux sociaux. À cette époque, je m’intéressais aussi au zéro déchet et à l’écologie. Rien de problématique en soi, mais les algorithmes fonctionnent par proximité : nature, médecines alternatives, pierres, féminin sacré, sorcellerie… tout s’est progressivement mélangé dans mes recommandations.

Je me reconnaissais dans cet univers alternatif, anticapitaliste, proche du vivant. Alors j’ai exploré : sorcellerie, chakras, loi de l’attraction, affirmations positives… J’ai même acheté un tarot de Marseille. Je faisais des tirages qui, avec le recul, relevaient surtout de la projection de ce que j’avais envie d’entendre…🤷‍♀️

Femme assise en tailleur rituel encens ambiance bohème

Quand les croyances empêchent d’agir

Je n’ai pourtant jamais vraiment adhéré à tout ça. Mon fichu côté cartésien continuait de demander : « Et concrètement, ça prouve quoi ? »

Mais il n’est pas nécessaire de croire à 100 % aux chakras ou au tarot pour que ces idées influencent notre façon d’interpréter le monde.

Et c’est là que, pour moi, se situe un véritable enjeu de prévention : savoir repérer le moment où une croyance ou une pratique commence à nous éloigner d’une réalité désagréable plutôt qu’à nous aider à y faire face.

Les affirmations positives ne suffisent pas à sortir d’une relation toxique. Ce n’est pas ton karma de te faire harceler au travail. Derrière un prétendu problème « énergétique » peuvent se cacher des réalités très concrètes : violence, épuisement, difficultés financières, discrimination, dépression…

Nous sommes particulièrement vulnérables aux discours qui promettent des réponses simples lorsque nous traversons des périodes où nos repères vacillent : arrivée d’un enfant, deuil, séparation, maladie, chômage, difficultés financières, isolement, épuisement professionnel, discrimination… Ces moments de transition ou de fragilité peuvent nous pousser naturellement à chercher du sens, du contrôle ou des explications.

Le problème n’est pas de chercher du sens : cette quête est profondément humaine. Le risque apparaît lorsque des réponses toutes faites viennent remplacer l’action concrète, l’accompagnement adapté ou la prise en compte de réalités parfois très matérielles.

Si une situation de vie te fait souffrir, ne reste pas seule à chercher des réponses dans tes pensées ou sur les réseaux sociaux. Parle-en à des personnes compétentes : psychologue, médecin, travailleur social, association, syndicat… et appuie-toi sur des ressources fiables. Chercher du sens peut aider. Mais encore faut-il que ce sens nous permette de voir l’ensemble des facettes d’une situation et d’agir dessus.

Chemin forestier qui bifurque symbole de choix et de tournant

Hypersensibilité : chercher une explication à sa différence

Pendant longtemps, j’ai aussi cherché un mot pour expliquer mon rapport au monde. Je ressens très intensément, je m’émerveille, mais je peux aussi être rapidement submergée. Hypersensibilité ? Trait de caractère ? Histoire personnelle ? Je ne sais pas, et je ne suis plus certaine d’avoir besoin de le savoir.

À l’époque, j’avais surtout besoin de comprendre pourquoi j’étais comme ça. Le New Age est très fort pour ça : il propose des explications séduisantes à notre sensation de différence. Avec le temps, j’ai compris que je n’avais pas besoin d’une étiquette, mais d’un ancrage.

Aujourd’hui, ce qui m’apaise, c’est de croire que je suis déjà pleinement connue et aimée de Dieu. La Bible dit que nous sommes « une créature merveilleuse » (Psaume 139.14). Je n’ai plus besoin d’être une personne « à part » ou « spirituellement spéciale » pour avoir de la valeur. Je peux simplement être moi.

Que vend vraiment le New Age ?

Quand la quête de sens devient un marché

Ce n’est pas un hasard si certaines pratiques New Age trouvent un terrain particulièrement favorable dans les périodes de transition, comme la maternité. Le post-partum est un moment où beaucoup de repères vacillent : fatigue, corps transformé, identité qui se redéfinit, injonction à devenir une « mère épanouie ». On propose alors des chakras à aligner, un bonheur à manifester, un tirage de cartes pour « comprendre ce qui se joue ». Et tout cela a un prix…🤑

Derrière beaucoup de ces pratiques se cache une promesse implicite : si tu fais les bonnes choses, tu attireras les bonnes personnes, tu guériras, tu trouveras ta mission de vie. C’est une promesse extrêmement séduisante lorsque l’on traverse une période où l’on se sent impuissant·e.

Il faut dire que c’est vendeur. Le marketing peut s’en donner à cœur joie : cartes colorées et mystérieuses, pierres à collectionner, retraites spirituelles, réponses toutes faites aux grandes questions existentielles…

Femme assise en tailleur rituel encens ambiance bohème

Le paradoxe d’un mouvement « anti-système »

Il y a un paradoxe qui m’interpelle aujourd’hui : certains discours New Age se veulent anti-système, éloignés de la société de consommation. Pourtant, la quête de sens est elle aussi devenue un marché, avec ses produits, ses formations et ses promesses de « meilleure version de soi ». Finalement, même la sortie du système peut devenir un produit à vendre.

Les dérives du New Age : quels sont les angles morts ?

Certaines pratiques peuvent apporter du réconfort ou aider à mieux se connaître. Mais elles ne sont pas exemptes de limites.

Individualisme : quand tout devient une question de travail sur soi

La première est une forme d’individualisation des problèmes : en mettant l’accent sur le travail intérieur, certains discours peuvent laisser croire que chacun est seul responsable de son bien-être, en oubliant le poids de l’histoire personnelle, mais aussi des déterminants sociaux, économiques ou familiaux.

Appropriation culturelle et spiritualités « à vendre »

S’ajoutent parfois des phénomènes d’appropriation culturelle, lorsque des traditions spirituelles sont détachées de leur contexte pour devenir des produits de consommation.

Emprise et dérives sectaires : les signaux d’alerte

Certaines dérives peuvent aussi ouvrir la porte à des mécanismes d’emprise : gourous autoproclamés, remise en cause des savoirs scientifiques, isolement des proches ou promesse d’un accès privilégié à la vérité.

Si tu veux voir ces mécanismes à l’œuvre de manière très concrète, j’ai décortiqué le film Gourou dans cet article.

Toutes les pratiques spirituelles ne conduisent évidemment pas à une dérive sectaire. S’intéresser à l’astrologie, tirer les cartes ou pratiquer la méditation ne signifie pas automatiquement être sous emprise.

Les signaux d’alerte ⚠️apparaissent plutôt lorsque la pratique devient:

  • indispensable,
  • coûte de plus en plus cher,
  • prétend expliquer toutes les difficultés,
  • remplace progressivement les soins ou les professionnel·les,
  • ou lorsque celui qui la propose se présente comme le seul détenteur de la vérité…

Un petit exercice peut aider à prendre du recul : imaginer ce que l’on conseillerait à un proche qui vivrait exactement la même situation.

Est-ce que je lui dirais la même chose que ce que je me raconte à moi-même ? Est-ce que je trouverais normale cette relation, cette dépense, cette pratique ou cette personne qui l’accompagne ?

Un autre indicateur peut être la place laissée au dialogue. Si l’on commence à cacher certaines pratiques, à minimiser ce qu’elles coûtent, ou à éviter certains sujets avec ses proches par peur des questions ou des critiques, cela mérite d’être interrogé.

Ce n’est pas forcément la preuve qu’il y a un problème, mais cela peut être une invitation à prendre du recul…

Les étiquettes spirituelles qui enferment

Les étiquettes spirituelles (« vieille âme », « enfant indigo », « flamme jumelle »…) peuvent également donner une explication rassurante à nos expériences, tout en risquant de nous enfermer dans une identité figée et de rester dans une situation délétère. Par exemple, ne pas remettre en question une relation violente car nous sommes des âmes sœurs… Si je peux me permettre, je te conseillerai plutôt de consulter l’outil le violentomètre.

Reflet visage dans petit miroir introspection

Quand la spiritualité dépolitise les problèmes

Enfin, en ramenant certaines difficultés à des blocages énergétiques ou à un manque de travail sur soi, ces discours peuvent contribuer à dépolitiser des problématiques pourtant collectives : les inégalités, les discriminations ou la précarité ne sont pas des questions de posture intérieure ou de pensée positive.

La quête de sens est précieuse, mais elle gagne à rester compatible avec l’esprit critique et la prise en compte du réel. J’avais déjà abordé certaines de ces questions dans mon article sur les dérives du développement personnel, notamment autour de la responsabilité individuelle et des injonctions au changement.

Le déclic : apprendre à questionner mes croyances

Ce qui m’a fait sortir de cette spirale, ce n’est pas une prise de conscience fulgurante. C’est un podcast : Méta de Choc. Écouter une pensée critique, argumentée et nuancée sur ces mouvements a été comme une graine qui a germé petit à petit 🌱.

Je n’ai pas changé d’avis du jour au lendemain. Mais j’ai recommencé à questionner, à chercher des preuves, à accepter de ne pas avoir de réponses immédiates. Et surtout, j’ai réalisé que ces pratiques ne répondaient pas vraiment à mes questionnements existentiels : elles les déplaçaient parfois sans les résoudre.

Casque audio et carnet écoute podcast esprit critique

J’apprécie également beaucoup la chaîne YouTube Occulture, qui explore les mythes et légendes de la culture populaire en les confrontant aux faits et à la pensée critique. Ce qui me passionne dans leur travail, c’est de regarder ce que racontent ces histoires au-delà du surnaturel : nos peurs collectives, nos représentations et les rapports de pouvoir qui les traversent.

Quand on gratte la couche du merveilleux, on découvre parfois des enjeux très humains. Derrière certaines légendes, comme celle de la comtesse Bathory ou de Bathsheba Sherman, apparaissent aussi des questions de misogynie, de fascination pour le mal ou de construction des figures féminines « monstrueuses ».

Finalement, je n’ai pas perdu mon goût pour l’étrange. J’ai simplement appris à l’aborder autrement : avec curiosité, mais aussi avec un regard critique.

Ce qui m’a vraiment portée : ma foi

Tu as peut-être déjà lu mon article sur ma renaissance de foi ? Si oui, merci et à nouveau cœur sur toi 🫶. Sinon, je t’invite à le découvrir : je considère sincèrement que c’est le joyau de mon blog ↓

Pour résumer, je suis revenue vers la foi il y a quelques années maintenant. Je n’attends évidemment pas que tout le monde partage cette foi. Je raconte simplement ce qui m’a aidée.

Ce qui m’a portée, ce n’est pas une nouvelle méthode pour devenir une « meilleure version de moi-même ». C’est justement l’inverse : comprendre que je suis déjà une « créature merveilleuse » aux yeux de Dieu.

Et concrètement, cela a eu des effets très réels dans ma vie. Professionnellement, je me suis trouvée et je me sens enfin à ma place. Je n’ai plus envie de tout plaquer et de changer de voie tous les quatre matins.

J’ai fermé définitivement la porte à un homme de mon passé, et Dieu sait si je ne pensais pas pouvoir en être capable un jour…

Si tu es la petite commère que tu penses être, j’ai abordé cet épisode dans deux précédents articles: Journaling : retrouver de la lumière dans les périodes sombres et La reine sans couronne : se reconstruire après une relation toxique, récit d’une reprise de pouvoir.

Au niveau relationnel, j’ai pris conscience de ma valeur et de ce que je voulais dans mes liens et mon rapport aux autres. Pour reprendre le vocabulaire du développement personnel : je suis devenue une meilleure version de moi-même… mais grâce à la force du Saint-Esprit, qu’on se le dise!

La pratique du journaling m’aide également beaucoup. C’est devenu une forme d’hygiène mentale qui me permet de ralentir, de prendre du recul et de poser les choses.

Plusieurs passages bibliques mettent en garde contre les pratiques divinatoires (Lévitique 19:31 ; Deutéronome 18:10-12). Ces pratiques sont naturellement devenues incompatibles avec ma foi.

Bible ouverte café et fleurs blanches lecture spirituelle

J’ai aussi compris ce qui me dérangeait profondément dans certaines pratiques New Age : elles se présentent parfois comme de simples outils de bien-être, de connaissance de soi ou de guérison, alors qu’elles portent aussi une vision spirituelle du monde.

Il est primordial que les choses soient nommées pour ce qu’elles sont, afin que chacun puisse choisir en conscience.

Ce que mon parcours m’a enseigné

Le New Age n’est pas problématique simplement parce qu’il se base sur des données invérifiables : l’humanité a toujours cherché du sens et développé des croyances. Ce qui m’interroge davantage, c’est lorsque le marché repère nos fragilités, crée des besoins et nous vend des réponses toutes faites pour tenter de les combler.

Dans ce parcours, j’ai appris que nous sommes toutes et tous vulnérables à certains discours, à certains moments de nos vies. Une période de changement, une perte de repères, une souffrance ou simplement le besoin de comprendre ce qui nous arrive peuvent nous rendre plus réceptifs à certaines promesses. Cela ne concerne pas « les autres » : nous avons tous nos points d’accroche.

C’est aussi pour cela qu’apprendre à se connaître et repérer ces mécanismes est essentiel. Identifier nos fragilités, nos besoins, nos biais et nos mécanismes de défense permet de prendre du recul lorsque nous rencontrons des discours qui semblent apporter des réponses toutes faites.

Aujourd’hui encore, je continue de questionner mes certitudes (d’ailleurs, je n’en n’ai pas!). Peut-être que mon regard évoluera encore. Mais s’il y a une chose dont je suis convaincue, c’est que les réponses les plus précieuses sont rarement celles qui promettent d’être simples, immédiates ou vendues sous forme de méthode miracle.

Pour aller plus loin : ressources sur le New Age et l’esprit critique

Si ce sujet t’intéresse et que tu souhaites creuser la question, voici quelques ressources qui m’ont aidée à réfléchir :

Comme toujours, ces ressources proposent des regards différents. L’objectif n’est pas de fournir une vérité toute faite, mais d’encourager la curiosité et la réflexion.

Merci d’avoir pris le temps de lire cet article et de contribuer à faire vivre cet espace de partage et de découvertes.

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